On n’en peut plus ! STOP !

C’est ce que les Mauriciens ont voulu envoyer comme message à leurs dirigeants à travers la marche pacifique du 29 août dernier. Jamais depuis les célébrations de l’indépendance, le pays n’avait connu une telle mobilisation. Cette journée historique a été suivie par la diaspora mauricienne et relayée par les réseaux sociaux de même que par la presse internationale.

Crédit : zinfosmoris

Des dizaines de milliers de Mauriciens sont descendus dans la rue pour exprimer leur ras-le-bol et leur souhait de changer les pratiques actuelles. Le peuple a décidé de s’exprimer librement et surtout d’agir pour changer la donne comme c’est le cas dans plusieurs sociétés à travers le monde.
L’échouage du Wakashio, qui a engendré une marée noire et une catastrophe écologique d’envergure, a été l’élément déclencheur. La mobilisation des Mauriciens a permis d’empêcher le pire pour notre écosystème marin et pour toutes ces familles qui vivent de la mer. La lenteur des autorités à prendre des mesures a été vivent critiquée.
Cet événement a crevé l’abcès. Il a ouvert la soupape pour évacuer la surpression dans une société où les tensions sont latentes.
La crise sanitaire et économique du Covid-19 a probablement amorcé ce processus. Outre la pression du confinement et de la fermeture des frontières nécessaires pour empêcher la propagation du virus, la tension financière s’est greffée sur une situation insulaire fortement impactée. Des milliers de salariés des secteurs clés de l’économie nationale (tourisme, industrie, transport aérien…) se trouvent dans une précarité sans précédent.
Et, le volcan a fait éruption.
Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg que nous voyons car la plaie est plus profonde. Elle gangrène la société mauricienne depuis des décennies avec une accélération des faits de corruption, de népotisme et une perte d’éthique politique. Ajouter à cela, les menaces à la liberté d’expression (intimidations, exclusion des journalistes…) et les méthodes anti démocratiques.
La protestation a été d’autant plus forte que les partis de l’opposition sont restés à l’écart. Il n’y a pas eu jusqu’à présent d’appropriation politique du mouvement populaire. Tant mieux. C’est ce qui garantira sa crédibilité.
What next?
Un vent de changement commence à souffler certes sur le pays mais quelle direction et quelle forme doit prendre cette protestation populaire ? Comment pérenniser cette revendication citoyenne légitime en ralliant tous les couches de la société mauricienne ? Comment peut-elle transformer le système ?
Il faut surtout que cette mobilisation demeure une entité nationale pour représenter tous les Mauriciens. Si elle prend la forme d’un mouvement politique pour assainir la vie et la pratique politique actuelle, il faut éviter qu’il ait une étiquette ethnique ou religieuse.
Montrons que, enn sel lepep enn sel nasyon, n’est pas uniquement un slogan creux dont se gargarisent les politiciens depuis trop d’années !
Il est temps de faire du social et de la politique autrement. Il faut un changement de mentalité, d’approche et de vision.
Il faut cesser de proférer des critiques et attendre que les autres agissent.
Il ne faut plus avoir peur des représailles car c’est un aveu de faiblesse. C’est ce qui a fait croire aux défenseurs de tous les bords politiques qu’ils étaient au-dessus de tous même de toutes les lois de la République.
Le peuple mauricien a la possibilité de choisir son avenir et d’écrire une nouvelle page de son histoire.
C’est non seulement une belle opportunité mais surtout une énorme responsabilité car la construction d’une nouvelle société qui commence aujourd’hui marquera la vie des générations à venir.
Tel est le défi qui se présente au peuple mauricien qui vit sur le sol mauricien et ailleurs dans le monde.
Nous militons in fine pour une cause commune, notre matribhoomi, notre Homeland, notre Motherland.
Prouvons que l’on peut encore choisir et écrire notre destinée.
N’attendons plus que les gouvernants décident de tout.
Rendons à notre pays sa dignité.

A lire également :

Ile Maurice : marche contre le gouvernement (TV5 Monde – 29 août 2020) : https://www.youtube.com/watch?v=PZWjv7-AW3c&feature=youtu.be 

Marche citoyenne: retour sur une marche historique (l’express.mu – 29 août 2020) : https://www.lexpress.mu/article/381881/marche-citoyenne-suivez-evenements-en-live

[VIDÉO] MARCHE PACIFIQUE ET HISTORIQUE À L’ÎLE MAURICE : https://www.zinfos-moris.com/Video-Marche-pacifique-et-historique-a-l-ile-Maurice_a17161.html

Marche citoyenne (Le Mauricien – 29 août 2020) : https://www.lemauricien.com/actualites/societe/live-suivez-en-continu-la-marche-citoyenne-a-port-louis/372163/

La Grande Interview : Vassen Kauppaymuthoo et Jean Claude de l’Estrac : https://www.facebook.com/watch/?v=781635775914595[https://www.facebook.com/watch/?v=781635775914595]

2 réflexions sur “On n’en peut plus ! STOP !

  • août 31, 2020 à 7:23
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    Merci Anuradha d’avoir brossé un tableau clair et authentique de la situation dans notre perle de l’océan indien.. It’s now or never. Le système doit changer, l’abus du pouvoir doit être banni, l’arrogance politique doit être sanctionné. Et plus important encore l’étoffe sociale de notre île doit être préservé à tout prix. Il est grand temps que nous les mauriciens, nous apprenons à éduquer nos enfants dès leurs plus tendres enfances que nos croyances diverses ne sont pas des armes pour diviser, mais bien au contraire pour être respectées, acclamées et préservées.
    Il est grand temps de leur apprendre que nos ancêtres ont bâti ce pays côte à côte – musulmans, hindoues ( englobant les telegus, tamouls et marathis) , chinois, créoles et ceci dans une fraternité admirable, en parfaite harmonie et dans un esprit de partage exemplaire. Je me souviendrai toujours de ce que nos grands nous racontaient que pendant que le cyclone Carol s’abattait et nombre de maisons détruites, les voisins hébergeaient les infortunés de ce désastre sans une pensée de l’apartenance ethnique des gens… Pendant des jours les gens vivaient sous le même toît, partageaient la nourriture qu’ils avaient.. Ces gens étaient analphabètes mais possédaient une dose d’humanisme qui hélas semble avoir été piétinée avec notre soit disant niveau d’éducation qui aujourd’hui est dépourvue de sensibilité envers autrui.

    Que le peuple mauricien réalise que nul bien ne découlera de la division et que son destin réside dans l’unité de son peuple.

    Merci

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